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C’est à la suite des ravages faits par le paludisme dans les rangs de l’armée nord-vietnamienne
que Mao Tsé Toung a mis en route en 1967, en pleine révolution culturelle, le projet « 523 »
(ainsi nommé parce qu’il a été lancé le 23 Mai 1967), qui était un programme secret de
recherche sur le traitement du paludisme, basé sur l’étude des traitements de la médecine
traditionnelle chinoise .

L’Académie de Médecine Traditionnelle Chinoise a confié cette
recherche à l’un de ses membres, Youyou TU, jeune pharmacienne âgée de 36 ans, dont le
nom est resté totalement ignoré jusque dans les années récentes.
Il faut dire que, durant la révolution culturelle, l’individu passait au deuxième plan derrière le
groupe, et qu’il pouvait être dangereux de se faire trop remarquer. Il est intéressant de noter
que les premières publications consacrées à l’artémisine (90) ne comportaient pas de nom
d’auteur… Ce n’est qu’en 2005 que le nom de Youyou TU a été associé à la découverte de
l’artémisine, et qu’elle est devenue célèbre : “Je participais à une réunion à Shangai en 2005
avec tous les spécialistes chinois du paludisme, et j’ai demandé qui avait découvert
l’artémisine,” raconte Louis Miller, un chercheur sur le paludisme au US National Institutes
of Health de Rockville, Maryland. “J’ai été surpris de découvrir que personne ne le savait.”
En 2011, Youyou TU a reçu le prestigieux prix Lasker DeBakey Clinical Research .
Youyou TU a rassemblé plusieurs milliers de recettes à base d’herbe ; elle a évalué 380
extraits de différentes plantes, parmi lesquelles l’Artémisia annua (ou Qinghao), qui était
connue depuis très longtemps pour son efficacité pour traiter la fièvre récurrente. Ainsi, au
4ème siècle, GE HONG en donnait une recette de préparation très précise : « prendre une
branche d’Artémisia annua ; faire tremper dans 400 ml d’eau ; presser vigoureusement,
recueillir le jus et boire ». Ou encore « piler soigneusement une branche d’Artémisia annua
dans un mortier, puis presser pour recueillir le jus, et boire ». A noter qu’il s’agit dans ces
préparations de plante fraîche, et non pas de feuilles séchées… A noter également qu’il s’agit
de toute la plante et non pas seulement des feuilles…

L'artemisia l'anti cancer naturel le plus puissant

L’artemisia l’anti cancer naturel le plus puissant

Plus tard, au 11ème siècle, SHEN GUA recommandait l’utilisation d’Artémisia apiacea
(couleur bleu vert en période de floraison) plutôt que Artémisia annua (coloration vert clair),
en raison d’une efficacité plus importante . Or l’Artémisia apiacea contient beaucoup de
flavonoïdes, mais peu d’artémisine.
Les premiers résultats obtenus par Youyou TU ont été décevants, car les extraits étaient
préparés avec de l’eau bouillante qui détruisait les composants actifs. C’est en 1971, en
réalisant une extraction par de l’éther à basse température, qu’elle a obtenu des extraits qu’elle
a testés en laboratoire sur des souris et des singes infectés par le parasite, avec une efficacité
pratiquement de 100% (92). Après avoir vérifié sur elle-même l’innocuité de l’extrait, elle l’a
testé sur l’homme, sur 21 patients impaludés, qui ont été guéris à 90%. En 1972 elle a isolé
une substance considérée comme l’élément actif de l’Artémisia annua, et lui a donné le nom
d’artémisine (ou Qinghaosu, le suffixe su signifiant « la substance active »). Mais on peut
encore noter que les premiers essais positifs avaient été faits avec de l’Artémisia annua
produite dans la région de Pékin, contenant peu d’artémisine. Comme Youyou TU désirait
disposer de beaucoup d’artémisine, elle a ensuite utilisé de l’Artémisia annua provenant de la
région du Sichuan, très riche en artémisine, avec des résultats cliniques identiques, ce qui
suggère encore que la concentration optimale en artémisine n’est pas nécessairement la
concentration maximale…
En 1975 Youyou TU a déterminé la structure de la molécule d’artémisine (sesquiterpène
lactone). En 1979 la publication d’un article dans le Chinese Medical Journal (90) fait
connaitre l’artémisine ; en 1981, le 4ème congrès du Groupe de Travail Scientifique sur la
Chimiothérapie du Paludisme, sponsorisé par le PNUD, la Banque Mondiale et l’OMS, se
tient à Pékin. L’artémisine devient connue dans le monde entier, et elle soulève l’intérêt des
grandes firmes pharmaceutiques, qui produisent les dérivés semi-synthétiques que l’on
connait (artésunate hydrosoluble, arthémeter liposoluble…), aboutissant en 1986 à la mise sur
le marché des premiers médicaments à base d’artémisine. Devant l’efficacité du produit, en
2004 l’OMS en commence la promotion à grande échelle, et recommande son utilisation en
association avec d’autres molécules « classiques » (les ACT, ou Artemisinin Combined
Therapy). Enfin, en 2011, l’OMS recommande l’utilisation de l’artésunate en monothérapie
par voie intra veineuse au lieu de sels de quinine dans le traitement du paludisme grave de
l’enfant.


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